Coopération territoriale à Montpellier

Comment produire du logement très social en centre-ville de Montpellier ? 

Le 29/06/2026,

Montpellier est l'une des métropoles françaises où le logement coûte le plus cher : les loyers moyens y dépassent 22 €/m² sur les petites surfaces, et dans l'Hérault, un seul demandeur de logement social sur dix obtient une réponse favorable. Et pourtant, Montpellier fait partie des rares grandes villes en France à avoir atteint ses objectifs de production fixés par la loi SRU.

Cette réussite s’explique par une volonté politique et des acteurs de terrain capables de monter des opérations adaptées aux besoins. Soliko finance certaines de ces opérations de logements, et au cours de l’été 2026 ce sont 6 logements qui seront inaugurés dans la métropole.

Un territoire sous tension qui se mobilise

Montpellier est une ville jeune, étudiante, dynamique, mais aussi l'une des plus inégales de France en matière de logement. Dans des quartiers historiquement populaires comme Figuerolles, la proximité avec les transports en commun, désormais gratuits pour les résidents, et les commerces attirent des ménages plus aisés. Les familles modestes qui y vivent depuis longtemps, sont contraintes de vivre dans des habitats dégradés et inconfortables, ou de quitter ce quartier central pour trouver des logements à plus bas loyers.

Ces logements vétustes, parfois indignes sont loués à des loyers bas non pas parce qu'ils sont conventionnés comme logements sociaux, mais parce que leur état ne permet pas d'en demander davantage. C'est ce que l'on appelle le "parc social de fait". Ces logements constituent, de fait, un refuge pour les ménages les plus précaires, au prix de conditions de vie indécentes, souvent pour le compte de marchands de sommeil, ces bailleurs qui entretiennent le mal-logement. Pour maintenir la mixité sociale dans le quartier, la Métropole mène une politique visant à réhabiliter ces logements vétustes et à les conventionner en logements sociaux pour permettre aux familles qui vivent là depuis des années de continuer à y vivre.

C'est dans ce cadre que la ville est devenue la seule des douze plus grandes communes concernées par la loi SRU à avoir atteint ses objectifs de production de logements sociaux en 2023. Cette implication reflète une volonté politique tenue dans la durée : refuser de céder le foncier au plus offrant, maintenir une mixité sociale dans les quartiers en transformation, et soutenir activement les opérateurs capables de produire des logements d'insertion.

Une coopération d’acteurs au service du logement d’insertion

Rue de la Palissade, rue du Général Vincent, boulevard de Figuerolles : ces adresses situées dans la même zone, le quartier Figuerolles, sont issues d'une même logique de coopération territoriale, portée par différents partenaires. Demain ces logements seront inaugurés, et vont pouvoir accueillir leurs premiers locataires.

Il s’agit de logements dans le « diffus », des appartements intégrés dans des immeubles existants, en cœur de ville, financés en "PLAI" (Prêt Locatif Aidé d'Intégration) et montés en bail à réhabilitation sur de longues durées (30 ans). Contrairement au logement social classique, financé en "PLUS" (Prêt Locatif à Usage Social), le logement en PLAI s'adresse aux personnes les plus précaires, avec des loyers très inférieurs au marché. Les logements de Soliko proposent des niveaux de loyer en moyenne à 8 €/m², contre 20 €/m² dans le secteur privé pour un logement équivalent. En plus d'un loyer adapté, une personne qui réside dans ce type de logement bénéficie d'un accompagnement social. 

Monter ces opérations suppose une coopération entre des acteurs de natures variées, chacun apportant des compétences complémentaires et nécessaires à la bonne réalisation de tels projets.

La Fondation pour le Logement Occitanie

Au cœur des échanges entre les acteurs, l’agence régionale de la Fondation en occupe la place centrale. Implantée durablement sur le territoire, elle connaît les besoins, les opportunités, les acteurs et leurs compétences. Elle fait le lien entre les différentes forces politiques afin de lutter durablement contre le mal-logement sur le territoire.

Concrètement, c'est elle qui identifie les opportunités foncières avant qu'elles ne disparaissent, qui met en relation les acteurs capables de porter chaque projet, et qui coordonne l'ensemble dans la durée. Elle se situe au croisement des réseaux : élus et services des collectivités, associations de terrain, acteurs de la maîtrise d'ouvrage d'insertion, et financeurs. C'est cette capacité à connecter et à faire avancer ensemble des mondes qui se côtoient peu (le médico-social, l'investissement solidaire, les politiques de la ville) qui transforme une volonté politique et un foncier disponible en un véritable levier d’action contre le mal-logement.

Cette dynamique a un visage : celui de Sylvie Chamvoux, qui dirige l'agence. Son travail, mené sur le long terme, a permis de construire une relation de confiance directe avec les services de la SERM et la Ville de Montpellier, condition nécessaire pour qu'un acteur comme Soliko puisse être identifié pour son impact social, sollicité, et engagé sur les projets aujourd'hui inaugurés.

De la volonté politique à la mise en place

La SERM (Société d'Équipement de la Région Montpelliéraine) est l'aménageur de la Métropole. C'est par elle que la volonté politique de la Ville se traduit concrètement sur le terrain : sur son périmètre d'intervention, elle est garante d'une mixité sociale et dispose de foncier qu'elle peut mettre à disposition d'acteurs capables de porter des projets à fort impact social. Sans cette mise à disposition, ni la Métropole ni les bailleurs sociaux classiques (HLM) ne pourraient mener seuls des opérations de ce type (PLAI), par manque de ressources à attribuer à ces projets.

La maîtrise d’ouvrage d’insertion

Sur le terrain, c'est l'Adages, groupe médico-social implanté de longue date sur le territoire, qui porte les travaux et assure l'accompagnement des locataires. À l'origine centré sur l'accompagnement de publics en situation de handicap ou de dépendance, le groupe a développé une compétence de maîtrise d'ouvrage d'insertion (MOI). Un mouvement cohérent avec son cœur de métier, puisque les publics qu'il accompagne au quotidien sont précisément ceux qui peinent à accéder à un logement stable.

« Sur le territoire, deux ingrédients sont vraiment déterminants. D'abord, la connaissance fine du réseau local : savoir qui fait quoi, qui peut quoi, où sont les opportunités. Ensuite, une volonté politique qui se traduit dans les actes, pas seulement dans les discours. Quand ces deux ingrédients sont là, on peut construire des choses », nous partage Pierre-Yves, responsable d'investissements chez Soliko.

Soliko : propriétaire solidaire et partenaire de long terme.

C’est dans cet intervalle que Soliko est sollicitée pour intervenir comme propriétaire solidaire. En achetant les biens afin de les mettre à disposition par un bail à réhabilitation de long terme (33,3 ans en moyenne), Soliko rend possible des opérations complexes, en permettant d’équilibrer leur financement.

Pour la Métropole et la SERM, il était difficile d'équilibrer financièrement l'acquisition et la réhabilitation des biens avec des niveaux de loyers sociaux. Sans l'intervention de Soliko et son portage foncier, les biens auraient été vendus sur le marché à de futurs propriétaires occupants de la classe moyenne.

« Dans ces projets réalisés avec la SERM, Soliko et l'Adages, on est dans le projet politique de la Métropole », nous confiait dans notre rapport d’impact 2024 Nabil Zouari, des services de la Ville et de la Métropole de Montpellier.

10 ans de présence sur le territoire

Quelques kilomètres plus loin, à Sète, en 2016, un constat préoccupant : un taux de pauvreté supérieur de douze points à la moyenne nationale, et seulement 13 % de logements sociaux. C'est dans ce contexte que Soliko a commencé, il y a dix ans, à tisser ses premières relations avec les acteurs du logement héraultais.

Un immeuble entier est racheté rue Pierre Sémard à un propriétaire privé qui n’avait pas les moyens d’engager des travaux nécessaires. Mis à disposition de l’Adages pour 30 ans, ce sont 6 logements très sociaux qui ont été réhabilités et sont aujourd’hui loués au prix de 6€/m², contre 15€/m² auparavant sur le marché privé dégradé. Cette réhabilitation a par ailleurs, contribué à une dynamique collective plus large : depuis 2015, ce sont 25 immeubles de cette même rue qui ont été réhabilités.

Photo de l'immeuble très social de 12 logements de Sète, rue Pierre Sémard.
Immeuble très social de 12 logements. Sète, rue Pierre Sémard

À Montpellier, les opérations menées sur Figuerolles suivent la même logique, projet après projet. En produisant le type de logement d’insertion que les bailleurs classiques peinent à réaliser, ces opérations contribuent à leur échelle à l’atteinte des objectifs de production de logement très social fixés par la loi SRU.

Les logements prochainement inaugurés sont l’aboutissement d’un travail sur le temps long et durable, comme nous le rappelle Pierre-Yves. «Sur ces opérations, tout le monde est d'accord, la municipalité, les associations, les financeurs, les personnes qu'on cherche à loger. Mais on a tendance à oublier ce que ça représente concrètement : des bâtiments abîmés, des compétences multiples à mobiliser, des délais qui s'allongent, des partenaires qui changent en cours de route. Ces projets avancent, mais à leur rythme, il nous faut encore travailler ensemble, pour collectivement gagner en efficacité, devenir capable de systématiser ce type de projets. C'est pour ça qu'il faut des acteurs capables de tenir sur le long terme. Maintenant que la démonstration de notre action et notre impact est faite, il faut pouvoir multiplier ces opérations, les besoins sont bien présents».

La Corraterie : changer d’échelle

Cette coopération territoriale travaillée sur dix ans, à travers des opérations de quelques logements, s'apprête à changer d'échelle. La Corraterie, ancienne auberge de jeunesse en centre-ville de Montpellier, représentait pour des promoteurs une opportunité foncière à valoriser. La Ville a choisi une autre voie : la promesse de vente à Soliko a été signée en priorisant l’utilité sociale que le projet va avoir, en cherchant à sanctuariser ces logements dans cette zone, plutôt que de les céder au marché.

Dans un premier temps, la Corraterie accueillera une occupation transitoire portée par la Croix-Rouge, avec un chantier participatif associant les résidents à la transformation du lieu. À terme, le site accueillera quinze logements très sociaux : l'une des opérations les plus significatives portées par Soliko sur le territoire, et la preuve que la même alliance d'acteurs peut produire des résultats à une échelle nouvelle.

D'autres projets pourraient voir le jour dans les prochaines années, à Montpellier et au-delà, selon la même logique : identifier une opportunité, mobiliser les acteurs capables de la saisir, trouver l'équilibre financier et le projet social adapté.

Une coopération territoriale qui fait ses preuves

Ce qui se joue à Montpellier et dans l'Hérault dépasse la production d'un ensemble de logements. C'est la démonstration qu'une volonté politique, des acteurs de terrain ancrés et un financement solidaire dans la durée peuvent ensemble répondre aux enjeux sociaux du territoire. Produire ce que le marché seul ne peut produire, et permettre à d’autres personnes de vivre en centre-ville, sans en payer le prix fort.